Man de Steve Cutts : c’est une question de perspective

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Ce blog a pour objectif de fournir un espace de discussion afin d’envisager ce à quoi pourrait ressembler une humanité durable et ce qui est nécessaire pour y parvenir. Le dialogue est au cœur de cette recherche. Nous ne souhaitons donc pas promouvoir une vision cynique de la nature humaine qui présente aux lecteurs un comportement extrême dans le but de les choquer et de susciter une réaction émotionnelle. Nous pensons que, plutôt qu’insister sur nos manquements, nous devons nous efforcer de nous élever à des niveaux de conscience plus haut en tâchant de comprendre notre véritable nature et notre raison d’être. C’est peut-être là une façon plus efficace d’inspirer le progrès.

Cependant, cette vidéo présente un point de vue qui a de nombreux adhérents et aborde une conception de la relation de l’homme à la nature qui est assez répandue. La quête incessante des valeurs qui façonneront une nouvelle façon d’être et de faire dont l’humanité a désespérément besoin pour avancer vers sa maturité ne peut se faire de façon isolée. Pour proposer des alternatives au mode opératoire actuel, nous devons être bien informés sur les attitudes et les pensées dominantes et être prêt à confronter différentes perspectives. En effet, il arrive très souvent que nous ayons à faire face à des affirmations qui dénigrent notre vision et la rejette, la qualifiant d’idéaliste. C’est pourquoi il semble crucial de développer la capacité à formuler des idées qui légitiment une position transcendant la pensée matérialiste qui imprègne dans la société d’aujourd’hui.

Voilà pourquoi il nous semble important d’analyser Man de Steve Cutts. Il y a beaucoup à dire. Après un bref résumé du film, nous allons limiter notre analyse à deux points : 1. explorer en quoi aller au-delà de la vision de la nature humaine qui nous est présentée dans cette animation est un élément crucial de la réponse à la crise environnementale croissante, et 2. examiner quelques mesures concrètes peuvent être collectivement prises afin d’éviter d’être décimés par des extra-terrestres — ou de transformer notre planète en décharge, choisissez l’option qui vous fait le plus peur.

***

Man. L’Homme. Le titre n’aurait pas pu être plus clair : il s’agit de nous. Plus spécifiquement, de notre « essence » qui a traversé les âges et les siècles, inchangée. La toute première image donne le ton : Mère Nature est paisible, inchangée, dans un état de ravissement pur. Et soudain, venu de nulle part, l’HOMME se pointe. Sans invitation. Déjà imbus de lui-même. Déjà empreint d’une insouciance rarement vue jusqu’alors, insouciance qui caractérisera l’Homme tout au long de son court séjour sur Terre. Mais, eh ! Regardez, il nous salue. Comment peut-on ne pas l’aimer ? Et heureux il va, tel un roi bedonnant dans son royaume.

Puis arrive le moment fatidique. Cinq secondes qui peuvent radicalement changer la destinée de l’humanité dans son ensemble — non, il ne s’agit pas de la pomme. Ça c’est l’histoire pour les enfants. Était-ce un moment de réflexion ? Nous ne le saurons jamais. Le fait est que l’Homme prend là une décision. Il choisit d’écraser gratuitement la plus petite des créatures qui croise son chemin, et il en retire une satisfaction immédiate. Ainsi débuta une tendance dont l’ampleur et le rythme ne feront désormais que s’accélérer. Une tendance qui ne laissera rien hors de la portée de l’Homme, qui lui permettra d’exercer sa cupidité à souhait, tel un chef d’orchestre dirigeant une symphonie mortelle. Aucune limite. Aucune maîtrise. L’inconscience benête de l’Homme se transforme en cruauté implacable. Aucune attache. Une folie qui ne cesse que lorsqu’il ne reste plus rien à annihiler. L’Homme, ravi et repu jusqu’au bout, ne s’est pas rendu compte un seul instant qu’il était la cible première de sa folie.

Que nous enseigne la fin ? Toute la création est-elle dépourvue de conscience ? Notre univers est-il fondé sur le principe « la roue tourne », nous piégeant ainsi dans un cycle sans fin de domination du « plus fort » ? (et, question la plus importante, qui va tuer ces extra-terrestres ?)

***

Le court film d’animation de Cutt est maîtrisé et a le mérite d’aider à sensibiliser le grand public sur la catastrophe qui se profile à grand pas si le statut quo dans notre relation à l’environnement persiste. La question la plus urgente cependant est de se demander en quoi dépeindre l’Homme sous ce jour nous motivera-t-il à changer notre façon d’être et de faire. Nous n’enseignons pas la courtoisie aux enfants par la grossièreté…

La faculté d’être attiré par la beauté – dans les manières, dans la nature, dans une théorie scientifique – est inhérente à chaque être humain. Si nous étions convaincus de notre noblesse intérieure, si l’on nous enseignait les potentialités illimitées latentes dans la conscience humaine et que l’on nous accompagnait à les développer, nous aurions une compréhension bien plus claire de la condition qui pourrait être la nôtre et nous nous efforcerions d’y accéder.

Il est vrai que nous sommes capables des actions les plus viles et la description que fait Cutt des conséquences de telles actions n’est pas une simple exagération. Vu sous cet angle, nous sommes au dernier degré des ténèbres. Mais il est tout aussi vrai que nous sommes au commencement de la lumière.

Nous avons donc la responsabilité de faire un choix conscient. Une fois que notre perception actuelle de la nature humaine ne nous verra plus uniquement comme avide et à la poursuite de notre intérêt personnel et reconnaîtra notre vraie noblesse, nous seront mieux placés pour choisir et nous engager sur un sentier menant à des niveaux toujours plus élevés d’excellence dans la condition humaine.

Après avoir réfléchi à la raison pour laquelle il est vital d’être au clair sur la croyance la plus fondamentale que nous ayons – qui nous sommes – considérons maintenant quelques mesures pratiques qui peuvent être prises avec cette nouvelles conception à l’esprit pour prendre collectivement un chemin plus soutenable.

Les possibilités sont infinies. Trois voies pour l’action, toutes liées à nos modes de production et de consommation, vont être brièvement explorées.

– Science et technologie
Le processus par lesquels la connaissance est générée et appliquée pour contribuer au progrès scientifique et technologique est souvent façonné par une perspective matérialiste du monde. Une grande partie de cette activité est entreprise par une minorité de la population mondiale, dans la poursuite des objectifs de cette même minorité, et elle est par conséquent séparée des besoins des masses. Rendre accessible à tous et partout l’activité scientifique et technologique, à travers l’éducation, aiderait à réorienter un processus qui actuellement sert principalement les élites, pour en faire un processus qui est concerné par le bien-être de tous. En habilitant (empower) toute personne, selon ses capacités, à prendre part à la génération et l’application de la connaissance, la recherche scientifique et technologique sortira des sentiers battus pour trouver des solutions innovantes, auparavant jamais imaginées, des solutions avec une empreinte environnementale plus faible.

– Jugaad
Dans de nombreux endroits, déjà, les gens ont puisé dans leur créativité et leur débrouillardise pour développer des solutions ingénieuses face aux contraintes. Cette capacité de faire « plus avec moins » et de transformer des limitations en opportunités à même un nom, Jugaad. Il s’agit d’un mot hindi qui désigne précisément cette aptitude à résoudre des problèmes. Par exemple, un homme de la région de Assam, dans le nord de l’Inde, qui se rendait tous les jours au travail en vélo, a trouvé le moyen d’utiliser les nid de poule qui se trouvaient sur son chemin pour augmenter sa vitesse ! Il a ajouté un appareil à son vélo qui converti le choc créé quand il roule dans un nid de poule en « accélérateur d’énergie ». Cela nous montre la valeur qu’il y a voir la simplicité comme un principe clé de l’innovation. Cette approche, appelée « l’innovation frugale » par certains, a inspiré certains entreprises à développer des produits plus intelligents. Le chemin à parcourir est encore long, mais la tendance mérite d’être suivie de près.

– Le raison d’être du travail
Aujourd’hui, la raison d’être du travail a en grande partie été réduite à l’emploi rémunéré destiné à acquérir les moyens nécessaires à la consommation de biens disponibles. Cette conception du travail alimente et entraîne l’expansion de la production de biens et de services – et cette même production est ce qui maintient l’emploi rémunéré. Ce système circulaire (acquisition + consommation > production > emploi > acquisition etc.) enferme non seulement les gens dans un cycle infini de consommation, mais laisse un segment important de la population en large de la société en refusant de reconnaître comme travail productif toute activité non-rémunérée.

Passer de cette conception à une conception qui considère le travail comme un service à l’humanité permettrait à la communauté, en tant qu’un des trois protagonistes du changement, de bénéficier des immenses capacités latentes chez les individus, avec la participation de tous, aussi modeste qu’elle puisse être, à l’avancement de la société. De plus, en adoptant une conception du travail qui irait au-delà de la simple satisfaction des envies et des besoins personnels, l’égoïsme laisserait la place à une plus grande préoccupation pour les besoins de tous, façonnant ainsi de nouveau nos liens essentiels et renforçant le tissu de la vie communautaire. Avec ce nouvel état d’esprit, nous ne considérerons pas la nature comme un réservoir infini de biens à exploiter. Au contraire, nous nous considérerions comme les dépositaires et gardiens de celle-ci.

Alors, l’Homme, quelle direction prendras-tu ?

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