Faire évoluer les mentalités pour marquer l’histoire

Le changement climatique a fait la une pendant plusieurs jours à la mi-septembre dernier. C’était le minimum pour saluer la mobilisation historique d’un très grand nombre de personnes dans plusieurs villes à travers le monde avant le sommet de l’ONU pendant lequel les chefs d’états et de gouvernements se sont réunis pour poser le cadre des négociations internationales sur le climat qui auront lieu tout au long des prochains mois. Cette rencontre fut beaucoup plus que l’évènement phare d’une semaine climatique. Elle a ouvert une période qui s’étalera sur plus d’un an et qui sera témoin d’une intensification des réunions aux échelles locale, nationale et internationale visant à sensibiliser sur le changement climatique et à appeler à l’action sur cet enjeu. L’acte final se déroulera en décembre 2015 à Paris où on espère que les états vont se trouver un accord sur le climat qui sera juridiquement contraignant.

Il serait tentant d’analyser les évènements passés et à venir d’un point de vue dualiste qui insisterait sur les tensions qui existent traditionnellement entre l’individu et leurs institutions, de faire porter la responsabilité de la situation actuelle à l’un ou l’autre, et de concevoir des solutions simples au défi que pose le changement climatique. Mais la réalité complexe demande une approche plus sophistiquée. Le discours sur l’environnement, et plus précisément sur le débat récurrent sur le changement climatique, offre l’occasion unique à tous les acteurs du changement—les individus, les communautés et les institutions—à s’unir autour d’une aspiration commune et à travailler ensemble pour la concrétiser. Nous sommes à un tournant… mais peut-être pas celui que nous sommes incités à croire.

* Reconnaître le progrès effectué…

Nous avons parcouru un long chemin depuis que la prise de conscience accrue des sévères conséquences du changement climatique a conduit à la négociation du premier traité international pour répondre au problème. Depuis, des progrès remarquables ont été effectués à tous les niveaux. Un nombre grandissant d’individus entreprennent des effort quotidiens pour réduire leur empreinte carbone en modifiant leur mode de vie. Les collectivités territoriales et les autorités régionales s’appuient sur une plus grande proximité aux citoyens et une importante marge de manœuvre pour être à l’avant-garde des actions de lutte contre le changement climatique à travers la mise en œuvre de mesures audacieuses. Tandis que la Californie promeut les voitures à faibles émissions au moyen de compensations financières, Barcelone, Melbourne et Curitiba s’efforcent d’étendre leur réseau de transport urbain. Quelques pays ont pris des mesures solides et efficaces, toujours dans l’objectif de préserver le climat : le Costa Rica a prolongé l’interdiction de l’exploration et de l’extraction de pétrole ; et le 24 octobre dernier, l’Union européenne a adopté la politique la plus ambitieuse à ce jour en matière de climat et d’énergie, s’engageant ainsi à réduire ses émissions de gaz à effets de serre (GES) de 40% d’ici 2030. D’autre acteurs institutionnels majeurs, tels que les universités, les organisations confessionnelles et les associations philanthropiques ont cédé leurs actions finançant les énergies fossiles pour investir dans des options plus propres.

*… et les efforts qu’il reste à accomplir…

Cependant, il n’est pas nécessaire de préciser qu’il reste encore beaucoup à faire. Les promesses et les engagements sont encore très loin à la fois de ce qui est requis pour qu’un changement significatif ait lieu et des capacités des pays à restructurer leur système énergétique. Et lorsqu’on sait que seulement 54% des Américains croient que l’homme est responsable du changement climatique, on se rend compte que les efforts soutenus déployés au fil des dernières années ne doivent pas occulter le fait que, pour quelque raison que ce soit, la plupart des gens vivent au quotidien sans se soucier tant de leur empreinte environnementale (qui englobe la production de déchets, la consommation d’eau et d’énergie, les émissions de carbone etc.) Chacun a un rôle à jouer pour sauver la planète. Les citoyens et leurs gouvernements, bien sûr. Mais aussi tous les autres acteurs, multiples, qui ont une toute aussi grande responsabilité pour répondre à la crise : les entreprises, les groupes religieux, les ONG, les universités etc. Comme M. DiCaprio l’a exprimé si clairement dans son discours devant les chefs d’État et de gouvernement réunis pour le sommet sur le climat en septembre, l’enjeu de ce désastre a dépassé les choix individuels. C’est maintenant aux industries et aux gouvernements du monde entier d’agir à grande échelle et de façon résolue.

Cette compréhension fondamentale nous aide à adopter une approche plus nuancée puisqu’elle nous permet de prendre du recul par rapport au conflit traditionnel entre l’individu et le gouvernement.

*… pour adopter un nouvel état d’esprit

Les remarques qui exacerbent les tensions entre l’individu et les institutions sont contre-productives. Croire que les réunions au sommet sont un échec avant même qu’elles aient commencées n’aidera pas à leur réussite éventuelle. Écrire que « La longue litanie des sommets internationaux sur le réchauffement climatique (…) peut avoir quelque chose de désolant » ou encore qu’il s’agit de « contraindre les gouvernements à agir » ne contribue pas à l’instauration d’un dialogue constructif.

Bien qu’il soit tentant de se servir de tout un éventail de différences perçues comme telles (différences de culture, de religion, de sexe, de langage, d’idéologie — il en existe autant que l’on veut en voir) et de tomber dans un relativisme qui justifiera en fin de compte notre inaction[1], les causes environnementales offrent le catalyseur tant attendu pour nous éveiller à la vérité immuable que nous sommes un seul et même peuple habitant la même Terre. En ayant cela à l’esprit, quelle approche adopter face aux négociations actuelles et à venir sur le changement climatique ? Nous savons que ni les gouvernements ni les individus ne sont parfaits ; un progrès notable a été effectué des deux côtés et il reste encore un long chemin à parcourir pour chacun. Tous font face au même défi les appelant à sortir de leur zone de confort, des habitudes routinières et des modes de fonctionnement trop complaisants. Comment peuvent-ils tous deux saisir cette occasion et s’encourager mutuellement ?

Peut-être que la mobilisation sur le changement climatique pourrait aider à surmonter le fossé créé par la vision « eux contre nous » et générer de nouveaux liens entre individus et institutions.

En passant en revue les deux dernières décennies, de la création du GIEC et l’adoption du protocole de Kyoto hier à la Marche du peuple aujourd’hui, le progrès de l’un influence l’autre. Donc, au-delà des mouvements « ascendants » (bottom-up) ou « descendants » (top-down), quelle figure géométrique, quel schéma, quel système pourrait décrire le genre de dynamique dont le changement climatique a réellement besoin ?


[1] L’histoire des droits de l’homme est tristement l’exemple le plus évident de la paralysie que le relativisme peut engendrer.

2 réflexions sur “Faire évoluer les mentalités pour marquer l’histoire

  1. Article intéressant. J’aurais toutefois aimé que la partie où tu parles des progrès dans la prise de conscience de la nécessité d’un changement et des contributions des protagonistes (individus, institutions gouvernementales, …) à ce changement soit un peu plus étoffé et étayé, avec des exemples concrets, mais ceci n’est qu’un point de détail.
    Je partage aussi tout à fait l’idée selon laquelle la vision dualiste, manichéenne même, du problème très actuel (mais malheureusement, relégué au second plan dans les médias) du dérèglement climatique est contre-productive, et n’encourage pas l’individu à prendre sa responsabilité qu’est la sienne en tant que citoyen de ce monde. Cette vision n’apporte aucunes solutions constructives non plus!
    Si il n’y a pas de changement dans cette façon de penser, je crains alors que pour qu’il y ait une prise de conscience collective et rapide (compte tenu de l’urgence et de la gravité de la situation), il faille que le citoyen moyen, que Mr. ToutLeMonde, où qu’il vive, et quelque soit sa classe sociale, soit directement touché par ce dérèglement climatique. Dans son quotidien j’entends.
    Eu égard à cette tendance qui est de rejeter la faute sur les institutions gouvernementales, la question est donc de savoir comment peut-on penser différemment cette question du rôle que nous avons vis-à-vis du bien-être de notre chère Terre? Comment peut-on responsabiliser les citoyens et leur communiquer l’envie durable et consciente de prendre soin de la Terre?
    Cette question s’applique aussi (et surtout?) aux citoyens qui occupent des places privilégiées et stratégiques (politiques, industriels, journalistes, scientifiques, …)!!

  2. Pingback: Man de Steve Cutts : c’est une question de perspective | L'humain durable

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s