Puiser dans ses capacités pour transformer la société

À 16 ans, il était parti avec sa famille faire de la plongée sous-marine en Méditerranée et fut consterné par ce qu’il y vit. L’émouvante beauté de l’écosystème marin était souillée par les sacs plastiques, dont la quantité importante surpassait le nombre de poissons. Boyan Slat s’est senti concerné par la pollution omniprésente dont il a été témoin et a consacré les années qui ont suivi ce voyage à chercher une solution pour nettoyer les océans du plastique qui les détruit. Il a présenté son premier concept en 2012, il avait alors 17 ans. Une étude de faisabilité détaillée a suivie en juin 2014. Environ 100 personnes avait alors rejoint Boyan pour relever ce défi, formant ainsi une équipe d’experts issus de plusieurs domaines, tous participant à la réalisation d’une même vision. Une fondation a été créée pour structurer le travail à accomplir et un objectif de 2 000 000 $ devant être collectés à la mi-septembre a été fixé afin de financer la phase de mise en œuvre du projet. Alors que l’échéance a pris fin la nuit dernière (l’objectif a été atteint et même dépassé), revoyons certaines caractéristiques clés de ce projet qui a pris une ampleur considérable au cours de cette année.

Il y a beaucoup de leçons à tirer de l’initiative de Boyan. Le déploiement organique du projet est l’une d’elles. Tout a commencé avec un jeune qui, animé par le sentiment d’avoir un but à accomplir et saisissant l’occasion donnée par son lycée de travailler sur un projet scientifique, a passé plusieurs mois à faire des recherches pour enfin présenter ses premiers résultats, invitant d’autres à se joindre à lui. La réponse fut plus qu’enthousiaste. Ce qui était au départ un simple concept s’est transformé en un projet solide qui est réalisable. Le projet tel qu’il est aujourd’hui, bien que basé sur l’idée originelle de Boyan, est le fruit de la collaboration, de la participation d’un nombre croissant de contributeurs, de plusieurs essais à l’aide de modèles réduits et d’expérimentation en conditions réelles. Espérons que cette approche qui cherche à continuellement améliorer le projet en effectuant des recherches poussées et en accueillant les critiques constructives est un signe de la durabilité de cette entreprise.

Nous pouvons tirer de ce projet une leçon encore plus essentielle quand on se concentre sur l’initiative elle-même. Dès ses origines, le projet de nettoyage des océans a fait face à plusieurs critiques auxquelles Boyan a entrepris de répondre une par une une fois que la faisabilité du projet a été déterminée. Bien sûr, ce qu’il propose n’est pas une solution miracle. Son idée ne nettoiera pas les 71 % de la surface de la Terre (la quantité que les océans recouvrent) des millions de tonnes de plastique qui y ont pénétré. Et oui, un sérieux travail doit être mené à la racine du problème, c’est-à-dire la façon dont le plastique est utilisé et éliminé. Boyan le reconnaît lui-même : la solution suggérée pour nettoyer les océans serait inefficace s’il elle n’était simultanément associée à des efforts de prévention pour éviter que le plastique ne pénètre dans les océans. Mais plutôt que de voir ces deux options comme s’opposant l’une à l’autre, il considère que la prévention et le nettoyage sont deux aspects essentiels d’un même élan, et il espère que maintenant qu’une solution viable pour nettoyer les océans a été trouvée, elle servira d’élément moteur pour agir et attirer l’attention sur la dimension « prévention » du problème.

Donc non, ce projet n’est certainement pas la panacée qui mettra fin à la pollution plastique ; il se peut même qu’il ne donne pas les résultats escomptés. Mais là n’est pas la question. Le simple fait qu’un jeune utilise son énergie et ses capacités pour une cause commune noble doit être loué. À un âge où la force de la léthargie est si forte que c’est souvent la protection de nos intérêts personnels qui nous tire de la passivité, de telles initiatives offrent un contraste surprenant et bienvenu. Le rôle de la jeunesse dans la transformation positive de la société a été reconnu depuis longtemps. Les jeunes ont la capacité unique de voir au-delà des obstacles et de contempler un horizon d’opportunités infinies ; ils croient que rien n’est impossible dès lors que l’on a la volonté d’agir. Dans ces précieuses années de leur vie, le temps et l’énergie leur sont donnés de contribuer à l’amélioration de leur communauté — de l’échelle la plus locale à l’échelle internationale. Ce faisant, les jeunes montrent un exemple positif aux plus jeunes qu’eux et se préparent à assumer les responsabilités qui les attendent en développant une vision du monde qui reconnaît le service désintéressé comme un puissant moyen à la fois pour le développement individuel et la contribution au progrès social. Comment est-ce que les jeunes peuvent puiser au mieux dans leur capacité à transformer la société ? Quels sont les domaines dans lesquels ils peuvent s’engager ? Comment est-ce que ceux plus âgés peuvent les accompagner et soutenir leurs efforts ?

Boyan-2  Ce qu’a ressenti ce jeune homme en plongeant dans la Méditerranée aurait pu s’ajouter aux nombreuses autres réactions que nous avons chaque jour quand quelque chose — un comportement, un mot, une image, une réalité à laquelle on ne peut échapper — provoque notre sens de la justice, de l’honneur et de la dignité en révélant une incompatibilité entre nos valeurs et une situation donnée. Notre réaction à cette incompatibilité peut aller d’une légère gêne inconsciente à un refus catégorique et conscient. La plupart d’entre nous, pour de multiples raisons qui ne seront pas discutées ici, choisissons souvent de ne pas réagir sur le moment, finissant par oublier ce qu’il s’est passé. D’autres décident de réagir immédiatement et de mettre fin à la situation. Et une poignée fait non seulement le choix de réagir, mais surtout d’agir. Comprenant que pour résoudre efficacement le problème en question celui-ci nécessite une réponse plus élaborée qu’une solution rapide, ces personnes-là consultent avec d’autres, entrent dans l’action et évaluent les actions menées. En un mot,  » [leur] conscience des carences de la société [les] incite à travailler pour sa transformation, mais non à s’en éloigner « .

Merci Boyan d’avoir donné un tel exemple. Tu as démontré que le désir d’agir doit être nourrit par deux qualités fondamentales : le dévouement et une foi infaillible en la vision pour laquelle les efforts sont fournis.

Boyan a développé la première en mettant entre parenthèses tant ses études en ingénierie aéronautique que la vie sociale telle qu’il la connaissait pour se consacrer à temps plein au projet, et la seconde en n’abandonnant jamais son idée, prenant contact avec des professeurs et des experts pour étudier plus en profondeur la faisabilité du concept, s’adressant à plus de 300 entreprises à la recherche de sponsors sans recevoir une seule réponse positive. Cependant, il a été confirmé dans ses efforts et le projet a avancé très rapidement. Chacun peut méditer sur la façon dont le dévouement et une foi infaillible peuvent se manifester à travers les efforts consentis quand on décide de s’engager ; certes à la mesure de nos capacités et des circonstances de nos vies. Néanmoins, nous pouvons tous être d’accord sur le fait que ces deux qualités doivent être développées à un certain degré afin que les actions menées produisent des résultats tangibles.

Ceci étant dit, le fait que seul le nom de Boyan apparaisse sur la couverture du rapport d’étude de faisabilité alors qu’il est clair qu’il est un auteur parmi plus de cinquante nous a dérouté. Comment est-ce qu’un projet qui est reconnu comme le travail d’un seul individu — quand bien même cette personne en est à l’initiative — peut être durable quand clairement il n’aurait pu voir le jour sans un grand nombre de personnes ? À quoi ressemble un leadership qui produit le changement que l’on souhaite et que ce blog promeut ? Ce sujet mérite qu’un article entier lui soit consacré !

teamwork

Pour cette raison, lorsque des nouvelles de ce projet seront données ici, on parlera du projet « The Ocean Cleanup » (le nettoyage des océans) et non de celui de Boyan Slat dans le but de souligner la nature collaborative de l’initiative et en guise de notre petite contribution pour encourager Boyan dans son service désintéressé.

2 réflexions sur “Puiser dans ses capacités pour transformer la société

  1. Pingback: Puiser dans ses capacités pour transformer la société | L’humain durable | Enjeux énergies et environnement

  2. Ils empoisonnent notre nourriture, notre air, notre eau, ils surexploitent notre planète, déciment faune et flore, dévorent les ressources naturelles, ils nous manipulent, nous divisent, nous abrutissent, nous asservissent, nous rackettent, nous escroquent, nous mentent, nous exploitent… Que faut-il de plus?
    Il est grand temps de reprendre notre avenir (pas en main, reprendre tout court…). Pas de politique, juste du bon sens.
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