Partie I/ Recycler pour se reconnecter : ça commence par notre ameublement

J’ai récemment emménagé à Paris, dans un petit studio, petit mais très accueillant. Dès le début, j’ai voulu profiter au mieux de l’espace disponible en portant une attention particulière à l’aménagement intérieur. Je devais concilier deux souhaits : un désir de simplicité, de minimalisme et d’espace, et un désir tout aussi grand de garder à portée de main les choses dont j’ai le plus besoin (vêtements, livres etc). Ayant un nombre important de « ces choses dont *je crois* avoir le plus besoin », je savais que ce désir de simplicité m’amènerait inévitablement à réduire la taille de ma garde-robe et à me débarrasser des objets inutiles que j’ai trimbalé avec moi pendant six ans sur quatre continents. La taille de l’appartement est un avantage car je suis forcée de constamment réévaluer le besoin de garder tous ces petits objets qui, jour après jour, viennent trouver refuge dans mon humble demeure. Afin de meubler cet espace étroit avec des moyens financiers limités, j’ai passé de nombreuses heures sur des sites internet de petites annonces. Mais le coût n’a pas été la principale raison qui m’a poussée à surfer sur le web à la recherche de meubles et autres objets d’occasions. J’étais à la recherche de l’article parfait, l’article qui aurait la bonne taille, la couleur appropriée, la forme désirée et le prix adéquat. Une fois l’objet trouvé, je prenais contact avec le vendeur dès que possible et je traversais toute la capitale pour finalement être l’heureuse propriétaire d’un objet unique — la compétition est rude en ces temps de crise économique. J’aurais pu épargner beaucoup de temps et d’énergie si j’avais choisi de pousser la porte d’un de ces magasins d’ameublement produit en masse. Ainsi le coût a bien sûr été un de mes critères, mais ce ne fut pas le principal. Le fait est que je ne suis vraiment pas fan de la plupart des tendances que nous trouvons aujourd’hui dans la majorité des magasins : des couleurs monochromes ; beaucoup d’argent, de noir et de blanc ; des formes géométriques et des bords angulaires… C’est une question de goût, et je trouve ces meubles sans âme, froids et impersonnels. Les matières premières comme le bois ont pour moi un attrait inégalable. Sûrement parce que même lorsqu’il a été façonné par la main de l’homme, le bois porte encore la trace de la vie dont il était autrefois le refuge. Ces marques vous racontent son histoire — le noeud ici dans le bois rappelle qu’une branche s’y trouvait et peut-être que là, des insectes avait fait leur nid. La couleur inégale du bois, qui patine avec le temps, rappelle les crises et les victoires que l’on traverse dans la vie, et sa teinte se définit selon son environnement — la lumière du soleil qui l’effleure — et la façon dont il est utilisé. Ainsi, nos meubles en bois deviennent peu à peu nos compagnons, fidèles et discrets, nous accompagnant dans notre voyage de la vie. Le bois offre aussi un semblant de connexion avec la nature ; sa couleur naturelle chaude et sa texture offrent un contraste bienvenu avec le rude milieu urbain extérieur et, par conséquent, un sentiment de sécurité. Je ne suis pas certaine que la plupart des meubles vendus aujourd’hui pourraient faire bien plus que servir un objectif fonctionnel.

L’absence de connexion avec les objets dont nous nous entourons serait peut-être l’une des explications du changement fréquent de nos meubles — changement qui semble être devenu la norme.

Investir à nouveau nos meubles de sens — que parce qu’ils ont été fabriqués avec des matériaux écologiques durables, qu’ils sont devenus les réceptacles de souvenirs chers ou qu’ils incarnent une beauté telle qu’elle nous attire irrésistiblement — nous permettrait d’établir une connexion nouvelle et leur donnerait une valeur supplémentaire au-delà de leur fonction première. Cet « ajout de sens » nous aiderait à ne pas succomber aux sirènes de la consommation frénétique et à conserver un peu plus longtemps cette petite table basse ou ce fauteuil de créateur.

3 réflexions sur “Partie I/ Recycler pour se reconnecter : ça commence par notre ameublement

  1. Article intéressant. Je suis en ce moment dans cette meme réflexion puisque j’aménage enfin un appartement ou j’habite depuis plus d’un an… et pas simplement par ce que j’en ai enfin les moyens mais aussi par ce que cela fait partie de ma reflexion actuelle sur l’influence qu’a sur nous notre environnement… et vouloir être minimaliste ne veut pas forcément dire s’entourer de choses sans valoir mais au contraire faire le choix de ce qui nous entoure… En terme de couleur comme en termes d’histoire…

    Dans l’attente de nouveaux articles!

    • J’aime beaucoup cette définition du minimalisme. Elle permet de montrer que ce choix est finalement beaucoup plus rationnel qu’il n’y paraît parfois quand il est confondu avec un rejet du ou un dédain pour le matérialisme. En fait, il s’agit d’élever sa conscience pour se défaire d’habitudes dont nous avons héritées qui ne sont pas forcément adaptées à un mode de vie durable, et de faire des choix plus cohérents qui prennent en compte les conséquences indirectes de nos décisions, comme nos achats. C’est peut-être ça le minimalisme. Merci pour ce partage !

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s